Espèces végétales exotiques envahissantes

Egeria densa Planch., 1849
Nom(s) vernaculaire(s)Égéria, Élodée dense
FamilleHydrocharitaceae
OrigineAmérique du sud
Date d’introduction1919
Statut PACAEmergente
Statut LREmergente
Statut domaine méditerranéenEmergente
Statut domaine alpinPrévention

Arnoux Jean-Claude - 25/09/2012 (Cliquer pour zoomer)
Carte de répartition (par maille de 10*10km)

Description

  • Port : plante aquatique immergée densément feuillée, enracinée ou flottant librement. Seuls les pieds mâles sont présents en France. Forme d'épais herbiers pouvant atteindre 90% de recouvrement.

  • Feuille : verticillées généralement par 4 ou 5 (voire plus), de 1 à 3 cm de long et 0,5 cm de large. Elles sont finement denticulées et parfois légèrement courbées vers le bas.

  • Tige : tiges souples, grêles et cassantes, pouvant atteindre 3 m de long. Elles développent des racines au niveau des nœuds.

  • Fleur : blanches à 3 pétales, portées à l’extrémité d’un long pédoncule. Plante dioïque (pieds mâles et pieds femelles séparés). Fleurit à la surface, d'août à septembre.

  • Taille : 40 cm à 1,5 m.

  • Confusions possibles : avec les élodées (Elodea canadensis et Elodea nuttalii), qui ont les feuilles verticillées par 3 et < 2 cm de long ; avec le lagarosiphon (Lagarosiphon major), qui a les feuilles alternes (caractère visible sur la partie inférieure de la tige) ; avec les naïades (Najas), qui ont les feuilles opposées (elles peuvent sembler verticillées) et des tiges à nombreuses ramifications dichotomiques.



Biologie et écologie
Milieux : eaux courantes ou stagnantes.

Reproduction végétative.
Multiplication végétative par : bouturage.

L'égéria est une plante dioïque dont seuls les pieds mâles sont présents en France. Elle se propage donc uniquement par multiplication asexuée en produisant des boutures (fragments de tige). La dispersion est principalement due à l'homme, par les bateaux, les équipements de pêche, les machines et outils utilisés pour lutter contre l'égéria, les vêtements et les chaussures. Elle est également favorisée par les lâchers d'eau et les crues.



Impacts et aspects positifs

D'après la bibliographie : Egeria densa forme des peuplements denses colonisant la totalité des milieux jusqu'à la surface. L'ombrage créé par ses tiges et ses feuilles peut impacter les communautés végétales et planctoniques. Elle entre donc en compétition avec les autres macrophytes, allant jusqu'à les éliminer. L'égéria n'est pas une espèce très appétente pour la faune aquatique, qui lui préfère généralement les espèces indigènes, et elle ne constitue pas un habitat idéal, car elle entrave la circulation de la faune piscicole. Elle semble d'ailleurs favoriser les espèces de poissons exotiques par rapport aux indigènes. En forte densité, l'égéria provoque également des impacts physico-chimiques notables comme la diminution de la luminosité, l'anoxie, l'augmentation de la température de l'eau, l'altération des cycles des nutriments (eutrophisation), ainsi que l'altération de la morphologie et de l'hydrologie des cours d'eau et des plans d'eau, en réduisant les écoulements et en créant des envasements.


D'après la bibliographie : Les herbiers denses d'égéria peuvent entraver la natation. Ils peuvent également favoriser le développement des moustiques.


D'après la bibliographie : Egeria densa peut nuire aux activités nautiques (navigation, pêche et natation), obstruer les captages d'eau, diminuer les rendements de poissons d'élevage, et augmenter les risques d'inondation en entravant l'écoulement de l'eau.


D'après la bibliographie : Les herbiers d'Egeria densa peuvent fournir nourriture et cachettes à certaines espèces de zooplancton, de poissons (notamment des juvéniles ou de petits poissons), et d'oiseaux. Cependant, elle peut rendre d'autres espèces de poissons plus vulnérables aux prédateurs. L'égéria peut être utilisée comme aliment pour les volailles, elle présente un bon potentiel pour le traitement des effluents contenant des métaux, et son compost peut être utilisé comme fertilisant. Enfin, elle est utilisée pour des expérimentations scientifiques au Japon.



Gestion

Carte des actions réalisées sur 'Egeria densa Planch., 1849'
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Ne pas relâcher cette plante dans les cours d'eau.

Sensibiliser les acteurs de l'environnement et le public (reconnaissance de l'espèce et moyens de lutte efficaces).

L'arrachage manuel est à envisager pour les débuts d'implantation de nouvelles populations lorsque de petites surfaces seulement sont concernées et à faible profondeur. Il est très important de s'assurer de ne laisser aucun fragment sur place.


Le faucardage et la moisson donnent des résultats généralement corrects mais variables selon les sites car la récolte mécanique peut produire des milliers de fragments viables. Ce type d'intervention ne doit donc pas négliger les grandes capacités de production de boutures viables de cette espèce. La technique est coûteuse, n'apportant parfois qu'un soulagement temporaire (Muller, 2004 ; California Invasive Plant Council ; Matthews et al., 2014).

L'arrachage mécanique doit être suivi d'un travail manuel de retrait des fragments restants. Cette technique de gestion a un effet à court et moyen termes, mais ne constitue pas une méthode d'éradication.

Il est conseillé de laisser la plante arriver à maturité et de la sortir de l'eau avec précaution, par exemple à la fourche. Pour le séchage des résidus de gestion, il est conseillé de trouver un site loin du cours d'eau sur sol sec.

Pour les plans d'eau vidangeables, la vidange et l'assec hivernal est une méthode assez efficace pour enlever l'égéria, à condition que le substrat soit totalement sec. En effet, les tiges et les feuilles d'égéria sont sensibles au froid et le gel leur est fatal. Un curage du fond du plan d'eau peut également être effectué pour enlever les racines (mais celui-ci n'est pas sélectif et risque d'enlever les racines des autres macrophytes présents) et diminuer la richesse en nutriments. Cette méthode nécessite la pêche des poissons présents et leur stockage dans un bassin.

Le recouvrement du fond de l'eau par de la toile de jute peut permettre de contrôler l'égéria (Matthews et al., 2014).


L'utilisation de produits phytosanitaires en milieux humides ou aquatiques est désormais interdite en France, tout comme dans la plupart des pays d'Europe.


Herbivorie : deux poissons, la carpe chinoise (Ctenopharyngodon idella) et le tilapia du Congo (Tilapia melanopleura), ont été introduites dans les plans d'eau pour lutter contre Egeria densa (Avault, 1965 ; Matthews et al., 2014; Silva et al., 2014). En France, par contre, il est interdit d'intoruire la carpe chinoise en milieu naturel.

En Espagne, Curt et al. (2010) constatent que les canards consomment Egeria densa et pourraient contrôler l'espèce dans de petits réservoirs.

L'agent pathogène Fusarium graminearum a été testé en laboratoire et a induit la nécrose des tissus d'égéria, appliqué comme adjuvant d'herbicide. Des diptères du genre Hydrellia et le coléoptère Bagous affinis ont un impact important sur l'égéria, et pourraient donc être utilisés comme agents de lutte biologique (Lafontaine et al., 2013; Matthews et al., 2014).


Aléas climatiques : des études conduites en 1997 et 1998 sur la colonisation de l’égéria dans le Morbihan ont montré une baisse significative du niveau de colonisation de la plante suite à une prise en glace de la plante en hiver et de crues importantes qui ont déracinées les plantes submergées. Les températures chaudes du printemps ont conduit à un développement de cyanobactéries préjudiciables à cette macrophyte (Dutartre et al., 1999).


Le faucardage mécanique ne fait qu'accentuer la propagation de l'égéria si les plants coupés ne sont pas tous récupérés et sortis de l'eau. La dispersion de l'égéria est principalement due à l'homme, notamment par les machines et outils utilisés dans les actions de lutte (Lafontaine et al., 2013; Matthews et al., 2014).

L’utilisation d’herbicides est interdite en milieux aquatiques et à moins de 5 m d’un cours d’eau ou d’une zone de captage à cause des effets induits sur les écosystèmes aquatiques et sur la santé humaine. Depuis 2009 il n'existe plus aucun produit phytosanitaire homologué pour les milieux aquatiques.

Une forte turbidité de l'eau semble empêcher l'installation et la croissance de l'égéria (Durand et al., 2016), mais ce n'est pas une méthode de gestion efficace (Matthews et al., 2014).

Le Conseil Général de Charente-Maritime a testé plusieurs méthodes entre 2001 et 2004 : faucardage-moisson, arrachage mécanique et traitement chimique, et aucune ne s'est révélée réellement efficace, à chaque fois les herbiers d'égéria ont repoussé à l'identique en l'espace de 3 mois (Fonteny, 2013).


Les déchets doivent être séchés sur la berge sans risque d'immersion et dans des sites peu fréquentés, puis compostés (survie des tiges arrachées hors milieu aquatique de très courte durée et aucun risque d’apparition de forme terrestre) (Haury et al., 2010).


Éviter toute contamination en aval lors des travaux d'arrachage sur un site contaminé en posant des filets pour récupérer les fragments se formant lors de l'arrachage.

Faire attention aux populations de plantes indigènes qui peuvent être en mélange avec l'égéria et adapter la méthode de lutte aux autres espèces présentes.

Les machines doivent être soigneusement débarrassées de tous résidus.


Les traitements chimiques sont inappropriés dans des sites naturels protégés ou près des cours d'eau. Il est nécessaire dese tenir au courant de la législation en vigueur en matière d'utilisation des produits phytosanitaires : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/

Vendue en animaleries sous le nom d'Anacharis, Egeria densa est l'une des plantes d'aquarium les plus communes (Haury et al., 2010 ; Lafontaine et al., 2013). C'est d'ailleurs la plante d'aquarium la plus vendue aux Pays-Bas (souvent vendue avec le poisson rouge Carassius auratus), mais elle est accompagnée d'une notice explicant son caractère invasif (Matthews et al., 2014).

Les coûts des actions de lutte contre l'égéria s'élèvent à plusieurs millions de dollars par an dans certains états des Etats-Unis (Matthews et al., 2014). Dans le canal de Marans à la Rochelle, les coûts d'entretien mécanique (moisson) s'élèvaient à environ 1600€/km sur la période 2009-2012 (Fonteny, 2013).



Sources bibliographiques

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Curt, M. D., Curt, G., Aguado, P. L., & Fernandez, J. 2010. Proposal for the biological control of Egeria densa in small reservoirs: a Spanish case study. Journal of Aquatic Plant Management (JAPM), 48: 124.

Durand, J., Fleenor, W., McElreath, R., Santos, M.J. & Moyle, P. 2016. Physical Controls on the Distribution of the Submersed Aquatic Weed Egeria densa in the Sacramento–San Joaquin Delta and Implications for Habitat Restoration. San Francisco Estuary and Watershed Science, 14: 1-20.

Dutartre, A., Haury, J. & Jigorel, A. 1999. Succession of Egeria densa in a drinking water reservoir in Morbihan (France). Hydrobiologia, 415: 243-247.

FCBN, 2009. Egeria densa Planchon. Fédération des Conservatoires Botaniques Nationaux, 5 p.

Fernanez, S. 2013. Interventions de gestion et suivi scientifique de l’Egérie dense (Egeria densa) sur la rivière Vendée. Syndicat Mixte du Marais Poitevin, Communauté de Communes Bassins de la Vendée, de la Sèvre et des Autises, Fédération Départementale de Pêche pour la Protection du Milieu Aquatique de Vendée, Agrocampus Ouest, Irstea. 4 p.

Fonteny, S. 2013. Gestion de l’Egérie dense (Egeria densa) dans le canal de Marans La Rochelle. Conseil Général de Charente-Maritime. 4 p.

Fried, G. 2012. Guide des plantes invasives. Belin, Paris. 272 p.

Haury, J., Hudin, S., Matrat, R., Anras, L. et al., 2010. Manuel de gestion des plantes exotiques envahissant les milieux aquatiques et les berges du bassin Loire-Bretagne. Fédération des conservatoires d'espaces naturels, 136 p.

Invabio, 2010. Egeria densa (Planchon, 1849) l'Egéria[En ligne] http://www.invabio.fr/ (Page consultée le 31 mai 2016).

Lafontaine, R.-M., Beudels-Jamar, R.C., Robert, H. & Delsinne, T. 2013. Risk analysis of the Brazilian Waterweed Egeria densa Planch. - Risk analysis report of non-native organisms in Belgium from the Royal Belgian Institute of Natural Sciences for the Federal Public Service Health, Food chain safety and Environment. 36 p.

Matthews, J., Koopman, K.R., Beringen, R., Odé, B., Pot, R., van der Velde, G., van Valkenburg, J.L.C.H. & Leuven, R.S.E.W. 2014. Knowledge document for risk analysis of the non-native Brazilian waterweed (Egeria densa) in the Netherlands. Radboud University Nijmegen, Institute for Water and Wetland Research, FLORON & Roelf Pot Research and Consultancy. 61 p.

Muller, S. (coord). 2004 Plantes invasives en France: état des connaissances et propositions d'actions. Collections Patrimoines Naturels (Vol. 62), Publications Scientifiques du Muséum national d'histoire naturelle, Paris. 168 p.

Sarat, E., Mazaubert, E., Dutartre, A., Poulet, N. & Soubeyran, Y. 2015. Les espèces exotiques envahissantes dans les milieux aquatiques : connaissances pratiques et expériences de gestion. Volume 2 - Expériences de gestion. Onema, Collection Comprendre pour agir, 240 p.

Silva, A.F., Cruz, C., Pitelli, R.L.C.M. & Pitelli, R.A. 2014. Use of Grass Carp (Ctenopharyngodon idella) as a Biological Control Agent for Submerged Aquatic Macrophytes. Planta Daninha, Viçosa-MG, 32: 765-773.

Weber, E. 2003. Invasive plant species of the world: a reference guide to environmental weeds. CABI Publishing, Cambridge, Massachusetts. 548 p.

Wells, R.D.S., Coffrey, B.T. & Lauren, D.R. 1986. Evaluation of fluridone for weed control in New Zealand. Journal of Aquatic Plant Management, 24: 39-42.



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Dernière modification le 12/06/2017